Regain - Jean Giono


Dans ce troisième roman de la Trilogie de Pan, Giono met en scène la désertion d'un petit village de Provence avant sa renaissance.

Au fil des années, Aubignane a vu ses habitants partir ou mourir. Bientôt, Panturle, un homme d'une quarantaine d'années, fort et robuste, s'y retrouve seul avec "La Mamèche", une immigrée italienne dont le mari mineur est mort dans un accident des années plus tôt. Jusqu'au jour où celle-ci disparaît aussi sans crier gare. Est-elle partie pour chercher la femme qu'elle a promis de trouver pour Panturle ?

Inévitablement, en écrivant ce billet, je me mets à comparer à Colline dont je vous ai parlé récemment. J'ai tort, bien sûr, car même s'ils font partie d'une même trilogie, ils sont complètement indépendants et doivent pouvoir être appréciés (ou pas) pour eux-même. Ce d'autant qu'ils sont très différents. Avec Regain, le style de Giono se fait plus "brut", du moins dans la première partie, drôle parfois, et même sensuel. S'il y a aussi de belles descriptions des paysages provençaux, c'est moins bucolique. Mais c'est très bien rendu, car, en les lisant, je pouvais presque ressentir le vent chaud ou la pluie.

Si j'ai mieux aimé le style, j'ai trouvé l'intrigue elle aussi beaucoup plus brute; pas très fine et prévisible. Dommage.
Ci-dessous, deux extraits; le premier m'a fait rire et le second est tout simplement beau.

- Madona, Madona !
(...) Ah ! porca !
Elle (La Mamèche) rafle le bol de lait chaud qui était là pour Gaubert; elle jette ce lait à la figure de la Vierge. Un voile de vapeur coule sur les plis droits de la robe bleue puis s'efface. Le rosaire mouillé brille; la Vierge sourit avec de la crème de lait sur la lèvre.
La Mamèche tend vers elle un poing noir et moussu comme un coing gelé.
- Porca ! Que toi tu fais tout comme tu veux.
(...) Alors, tu les as laissé pourrir mes prières ? Tu peux me regarder avec tes yeux de craie. Je te regarde, moi ? Je te le dis, moi, là, en face, et qu'est-ce que tu pourras me faire encore ? Je suis déjà toute saignée. (p. 30)

Arsule tire la bricole et, pour ça, elle s'est penchée en avant. Le vent entre dans son corsage comme chez lui. Il lui coule entre les seins, il lui descend sur le ventre comme une main; il lui coule entre les cuisses; il lui baigne toutes les cuisses, il la rafraîchit comme un bain. Elle a les reins et les hanches mouillés de vent. Elle le sent sur elle, frais, oui, mais tiède aussi et comme plein de fleurs, et tout en chatouilles. (pp. 60-1)

(éd. Le Livre de poche, 184 pp., 1930)

Commentaires

Cecile a dit…
Je n'arrive pas à m'intéresser à Giono. Votre avis est un peu mitigé pour que cela change.
ah tiens! J'ai démarré Que ma joie demeure mais j'ai dû abandonner, vraiment trop contemplatif et parfois trop obscur pour moi dans les relations entre les personnages. Depuis, je me méfie. Pourtant, je crois avoir lu Regain il y a très longtemps et avoir aimé...
lewerentz a dit…
Violette : je te comprends, le côté contemplatif n'est pas ce qui me plaît le plus chez Giono. Un peu, oui, mais parfois je trouve que c'est trop.

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