Wild fell - Michael Rowe

source: site éditeur

Grâce à l'argent reçu à la suite d'un grave accident qui ne lui permet plus d'enseigner, Jameson Browning, un professeur d'une trentaine d'années, achète une vieille demeure victorienne sur Blackmore Island, sur le Devil's lake, dans un endroit isolé de l'Ontario. Il compte bien y commencer une nouvelle vie, et y aménager des chambres d'hôtes. Il faut dire qu'entre son accident et son père qu'il a dû à regret placer dans un institut spécialisé pour les malades d'Alzheimer, Jamie veut se donner une chance de commencer une nouvelle vie.

La demeure, a été construite au 19e s. par Alexander Blackmore, un riche politicien d'origine anglaise qui se prenait pour le "châtelain" de la région et veillait sur sa famille (son épouse et leur deux jumeaux, Malcom et Rosa) avec poigne. Une demeure qui a connu bien des drames et dont les habitants des environs se tiennent éloignés - ce n'est plus qu'une ruine qu'il vaut mieux ne pas "réveiller".

Le récit commence très fort avec un prologue à la fin des années 60 qui raconte une sortie en amoureux de Brenda et Sean, deux adolescents qui vont pique-niquer sur les rives de Devil's lake. Une soirée qui finira très mal puisque, deux jours plus tard, leurs corps sont retrouvés noyés. Un tragédie dont leurs familles ne se remettront jamais et qui marquera durablement les habitants d'Alvina, la petite ville la plus proche.
J'ai adoré ce prologue, très prenant et maîtrisé !

"Elle (Brenda) toussa encore et encore, tentant de déloger la carapace du papillon de nuit coincée dans sa trachée, ou au moins de l'avaler. Sa bouche se remplit d'eau lorsqu'elle inspira. Elle remonta à la surface, avant de glisser à nouveau en dessous, de l'eau entrant par sa bouche et son nez. Désespérément, elle se hissa vers le haut, faisant du surplace pour garder la tête à l'air libre, mais elle continua à tousser, à ingérer de l'eau involontairement et à avoir des haut-le-cœur. Son larynx se contracta, bouchant les canaux d'oxygène vers ses poumons, tandis que l'eau envahissait ses voies respiratoires, chassant sa conscience, et Brenda commença à se noyer." (pp. 37-8)

Dès le second, on fait la connaissance de Jameson "Jamie" Browning, neuf ans. Un garçon "fluet" qui a peut d'amis. Son "meilleur ami", son "frère", c'est Lucinda qui veut qu'on l'appelle Hank, un prénom masculin. Autant Jamie a un caractère plutôt féminin, autant Hank est courageuse, audacieuse, fonceuse. Mais, malgré leurs différences, les deux s'entendent très bien car ils se complètent.

Toute cette partie qui se déroule durant l'enfance de Jamie m'a moins agrippée, je l'avoue. Le récit de ses malheurs face aux autres enfants du quartier et de la colo de vacances qui n'en manquent pas une pour le martyriser m'a semblé trop long; j'avais hâte d'enfin faire connaissance avec Wild fell, la fameuse demeure de Blackmore Island ! Toutefois, ce passage est, évidemment, important pour la suite du récit et on fait mieux connaissance avec Jamie. On s'interroge même: a-t-il vraiment toute sa tête ? Pourquoi discute-t-il avec Amanda, une petite fille qu'il prétend voir dans le miroir de sa chambre ? Une petite fille qui lui ressemble, qui le défend mais peut aussi s'avérer cruelle...

La dernière partie raconte l'installation de Jamie sur l'île, sa prise de possession de la demeure et ses recherches historiques sur la famille Blackmore, ses rencontres avec les habitants d'Alvina. Le récit, m'a à nouveau complètement passionnée; c'est simple, j'arrivais à peine à reposer le livre !

"La porte d'entrée était grande ouverte.
Je gravis les cinq marches en pierre du perron, avant de franchir le seuil de Wild Fell. Ma maison. Bien réelle. Solide. Comment avais-je pu en douter ? Wild Fell n'vait rien d'une ruine. Je foulai les parquets et les tapis d'Orient, touchai les lambris. Je pouvais même sentir la maison : acajou, argent, camphre et violettes séchées.
Une ruine, mon cul. Allez vous faire foutre, Mrs Beams.
J'appuyai plusieurs fois sur les interrupteurs, mais sans succès. Une fois mes yeux accoutumés à l'obscurité, je rallumai la torche électrique et avançai lentement dans le hall. Je fis danser la lumière sur le blason des Blackmore à l'entrée du corridor voûté. Depuis l'extérieur, la pleine lune éclaira les vitraux, créant une sorte de diorama brillant aux couleurs criardes autour des armoiries.
Je montai à l'étage. 
De temps à autre, j'entendais des battements d'ailes de papillons de nuit. Quand je braquai ma torche électrique dans leur direction, ils descendirent en petits nuages, attirés par la lumière. Puis ils s'éloignèrent vers les recoins les plus sombres et les plus hauts de la maison. (pp. 253-4)

Une lecture qui joue habilement avec les nerfs du lecteur et qui abordent des thèmes intéressants et tout à fait appropriés pour une ghost story : androgynie, folie, doppelgänger, rapports parents-enfants. Le tout saupoudré d'une petite touche d'érotisme.

Vivement recommandé ! Et la traduction est bonne.
source: site auteur

Michael Rowe (né en 1962 à Ottawa) est journaliste et essayiste. Il a édité plusieurs recueils d'histoires d'horreur. Wild Fell est son second roman après Enter, night (non traduit).

(éd. Bragelonne, traduit par Benoît Domis, 268 pp., 2016)

Commentaires

niki a dit…
je l'ai donc ajouté à ma liste de livres à lire
Ah ! Un roman qui joue avec les nerfs du lecteur et qui, de ce fait, est prenant, j'adore, par contre je ne suis pas trop ghost stories.
Lewerentz S a dit…
Niki: j'espère que tu aimeras !
A girl : pas trop ghost stories? Allez, allez 😉 Sérieusement, si ça peut te rassurer, franchement, à part le prologue et la dernière partie, tu n'auras pas l'impression d'entendre lire une.
maggie a dit…
Je trouve toujours des noms de romanciers, notamment de polars que je ne connais pas ! J'aime bien cette tradition de polars avec fantômes...
Carole a dit…
Tu as suscité ma curiosité.
J'ai bien envie de le lire !
Bonne journée, bises.
Tania a dit…
Ton billet m'intrigue, moi aussi, bien que je ne sois pas très attirée par les polars. Le mystère de cette vieille maison, sans doute.
Lewerentz S a dit…
Tania: tu peux donc y aller sans risque puisque ce n'est pas un polar !
Violette a dit…
ah ben oui, tentée! Il est en poche?
Lewerentz S a dit…
Violette: non, pas en poche. En ce qui me concerne, après l'avoir repéré en librairie, je l'ai emprunté en bibliothèque ;-)
Cecile a dit…
J'ai fait comme Niki, cela a l'air d'une lecture bien prenante !