Abraham de Brooklyn - Didier Decoin

Didier Decoin, fils du cinéaste Henry Decoin, a commencé sa carrière en tant que journaliste (France Soir, Le Figaro, Nouvelles littéraires, Europe 1, VSD).

Il a vingt ans lorsqu’il publie son premier roman, Le Procès de l’amour. Avec John l’enfer, en 1977, il décroche le prix Goncourt. En 1995, il est devenu le Secrétaire général de l’Académie du même nom.

Didier Decoin, pour dit-il, sauvegarder sa liberté d’écrivain, se dote d’un second métier garant de son indépendance, celui de scénariste.


Avec Abraham de Brooklyn, Didier Decoin nous emmène à Brooklyn, dans les années 1880. De très nombreux immigrants travaillent à la construction du pont qui reliera Manhattan à Brooklyn. Parmi eux, Simon Monnier, un Français et son épouse Gelsomina, dite Mina, d’origine italienne.

Un soir de brouillard, en rentrant de son travail, Simon sauve la jeune Kate, une Américaine probablement évadée des pontons pénitentiaires, des griffes de la police et l’accueille chez lui.

Très vite, Simon ressent pour Kate un amour étrange, pur et désintéressé. Il n’y a rien de sexuel dans cet amour, même si Kate provoque Simon et le pousse dans ses derniers retranchements. Il veut sauver Kate, non seulement des griffes de la police, mais aussi d’elle-même. Il ne sait rien de son passé mais pressent que les faits reprochés à Kate sont graves. Elle était un petit oiseau d'hiver,que l'on recueille et qui vous dévisage, muet. Les oiseaux et les hommes n'ont pas le même langage. Simon pourrait-il un jour parler la langue de Kate ? Il n'en était pas sûr, à présent (citation).Mina est jalouse. Elle sent Simon lui échapper mais finit par réaliser que Kate n’est pas sa rivale. Elle comprend la nature de l’amour que Simon lui porte et finit par le partager. Kate sera en quelque sorte leur enfant et le lien qui les reliera l’un à l’autre, tout comme le pont relie Brooklyn à New York.

Victime de la maladie des caissons (http://www.asc-csa.gc.ca/), hospitalisé, Simon comprend que s’il en réchappe, il lui faudra fuir Brooklyn pour mettre Kate à l’abri. Un peu plus tard, ce fut autre chose : à l'étage supérieur, une femme hurlait. Simon décida de chantonner. Il imagina la campagne couverte de neige, et les forêts, et les rivières bleuies de glace fine. Et tout le reste. Et il trouva celà beau, propre et rassurant (citation). C’est ainsi qu’avec un cheval pour trois, Simon, Mina et Kate entreprennent un long voyage épuisant censé mettre Kate à l’abri. Ils traversèrent une ville grise - mais pas de ce gris triste qu'ont parfois les cités en hiver. Ce bourg, c'était la gorge et les ailes d'un ramier, avec des alignements ni noirs ni blancs, des toits en forme de plumes qui venaient s'achever au ras des trottoirs surélevés (citation).Je lis assez peu de littérature française. Je devrais peut-être car j’ai beaucoup aimé ce roman, la narration en phrases courtes et précises, la construction en quatre chapitres : les arches, le tablier, le passage et le pont, tout entier. Ecrit il y a près de quarante ans, il a très bien vieilli. Les citations en exergue, le fait que Simon se présente sous le nom d’Abraham dans les dernières pages du livres donnent à penser que l’auteur veut nous emmener bien au-delà des aventures de Simon, de Mina et de Kate. Une quête initiatique vers une nouvelle terre promise ?
J'ai trouvé les autres personnages du livre intéressants, certains particulièrement : l'ingénieur Kenna, l'ami italien Mario, Verheimer l'hôtelier, le prédicateur mormon ...

De Didier Decoin, j’ai lu récemment Est-ce ainsi que les femmes meurent ?

Source photos Bibliopoche.com et Fluctuat.net

Commentaires

lewerentz a dit…
Un billet très inspirant, un auteur que je ne connais pas du tout. Le roman est-il long ?
niki a dit…
je ne connais pas non plus le romancier, sauf de nom !
mais ce billet donne effectivement envie de le découvrir
Golovine a dit…
Non lewerentz, environ trois cents pages et très captivant. J'ai pêché cet exemplaire dans une pile de "livres en liberté" chez le toubib à Tramelan. Il se déglingue un peu, il a du vécu. Je peux te le prêter à l'occasion si tu veux.
Amitiés.
Manu a dit…
Un romancier que j'ai envie de découvrir et ton avis m'y encourage.
Golovine a dit…
Manu, vous ne serez pas déçue et j'ai aussi beaucoup aimé EST-CE AINSI QUE LES FEMMES MEURENT. Je l'ai beaucoup prêté et tout le monde l'a aimé ! Amitiés, bon we.
maggie a dit…
J'ai découvert cette année, est-ce ainsi que les femmes meurent et je lirai bien ce roman que je ne connaissais pas.
Golovine a dit…
Je viens de m'acheter John l'Enfer. Je vous en donnerai des nouvelles. Bon week end et amitiés Maggie.
Anonyme a dit…
Lisez " l'enfant de la mer de Chine, un pur bonheur
Didier Decoin est un grand écrivain, prolixe et envoutant, je suis une fan depuis de bien longues annees!
khaya