La grande traversée - Shion Miura


Peut-être les ai-je tous loupés mais il me semble que la dernière rentrée littéraire (automne 2018) n'a pas été très riche en littérature japonaise - que j'affectionne tant. J'attendais donc avec impatience le début de la nouvelle année, avec l'espoir d'enfin me régaler. Aussi, la semaine passée, lorsque ma libraire m'a signalé La grande traversée chez Actes Sud, je n'ai pas hésité une seconde après avoir lu le résumé.

Hélas, je n'ai pas été emballée. J'ai aimé, oui, mais sans vraiment jamais entrer dans le roman. Le quatrième de couverture laissait entrevoir une histoire mêlant lexicographie et gastronomie. Pour la découverte de l'origine de certains mots japonais (et leurs multiples significations), oui; pour la gastronomie, faites une croix dessus direct. Le style est également, à mon avis, bien loin du niveau d'une Aki Shimazaki, par exemple.

Je vous raconte quand même de quoi il retourne ?

Majimé, jeune homme de vingt-sept ans, commence à travailler au service des dictionnaires d'une grande maison d'édition. Il se voit confier la réalisation d'un nouveau dictionnaire du japonais baptisé "La grande traversée". Un projet qui durera une quinzaine d'années et pour lequel il sera entouré du professeur Matsumoto, d'Araki, l'éditeur principal, de Mme Sasaki, de Nishioka puis de Mlle Kishibé. Heureusement pour lui, car question relations sociales, Majimé est franchement inadapté, uniquement intéressé par les mots. Lorsqu'il rencontre Kaguya, cheffe de cuisine et petite-fille de sa logeuse, il en tombe immédiatement amoureux; ce sera pour lui l'occasion de se pencher sur le mot amour et ses déclinaisons.

Comme je le disais, je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher à l'histoire et ses personnages. J'ai aimé Mme Sasaki mais c'est un personnage qui ne reste qu'en second plan. Dans la seconde partie, qui se déroule treize ans après les premiers chapitres - soit dit en passant, on ne s'en rend compte qu'en progressant dans la lecture et ça m'a peu un désarçonnée pour ne pas dire agacée -, intervient Mlle Kishibé, une collaboratrice de la maison d'édition qui a travaillé trois ans pour une magazine féminin avant d'être mutée au service des dictionnaires. J'ai aimé ce personnage et mon intérêt s'est un peu ravivé.

Bref, vous l'aurez compris, c'est une lecture sympa mais qui ne restera pas inoubliable en ce qui me concerne.

L'avis d'Armalite (blog L'annexe) et celui de Japon moderne.

Shion Miura (née en 1976 à Tokyo) est l'auteur d'une vingtaine de romans et essais. Ce roman a été adapté au cinéma (film et anime).

(éd. Actes Sud, traduit par Sophie Refle, 288 pp., 2019)

Commentaires

Kathel a dit…
Je l'avais repéré mais là, je suis un peu douchée... éventuellement pour un emprunt en bibliothèque. Dommage pour toi!
Japon Moderne a dit…
Un article passionnant de bout en bout et d'une grande pertinence. J'ai beaucoup aimé te lire !

Peut-être que nous avons des avis diamétralement opposés sur nombre de sujets (et c'est ce qui rend l'échange passionnant) puisque, pour ma part, l'année 2018 fut l'une des plus riches en littérature japonaise, depuis longtemps. Je cite en vrac:

-Un Akutagawa avec Konbini (Sayaka Murata)

-Des inédits d'auteurs cultes, avec Noir et blanc(Junichiro Tanizaki) et Ecolière, suivi de La Boîte de Pandore (Osamu Dazai)

-Un nouveau Keigo Higashino, Les doigts rouges

-L'exceptionnel Instantanés d'ambre (Yoko Ogawa)

-La montée fulgurante de la maison d'édition Atelier Akatombo avec Le Loup d'Hiroshima, Le point zéro et Nuage orbital

-Deux Ogawa Ito majeurs, Le jardin arc-en-ciel (qui traite des couples homoparentaux, une première au Japon) et La Papeterie Tsubaki, qui est encore actuellement cité par l'ensemble de la presse littéraire.

-Un nouveau Haruki Murakami (tout de même), Le meurtre du commandeur

-Deux Furakawa Hideo d'une importance capitale: O chevaux, la lumière est pourtant innocente et Soundtrack.

-Une affaire de famille (Kore-Eda Hirokazu)

-Et puis, des rééditions de grande pertinence telles que Les dames de Kimoto, Le crépuscule de Shigezo, Et si les chats disparaissaient de ce monde

Et une dizaine de publications originales que je ne cite pas, les principales à mon sens étant ci-dessus.
Lewerentz S a dit…
Kathel : des goûts et des couleurs. Pourquoi ne pas tenter? D'autres ont aimé.
Lewerentz S a dit…
Japon moderne : merci pour ce long commentaire, ça me fait très plaisir ! Dans ta liste, il y en a plusieurs que j'ai aussi aimé, et pour ceux que je ne connais pas, j'ai pris note. Merci pour cet échange.
Cecile a dit…
Je venais justement de voir passer ce livre sur Twitter. Je ne suis pas persuadée, sauf par la thématique "dictionnaire". C'est assez original comme sujet tout de même !

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