Le poisson-chat aux trois yeux - Hikaru Okuizumi


J'étais complètement passée à côté de ce roman lors de la sortie en 2004 mais suis tombée dessus par hasard récemment à ma librairie et n'ai pas hésité une seconde à l'acheter bien que ne connaissant nullement l'auteur. Pourquoi ? Tout simplement, car le résumé parlait d'un étudiant qui doit se rendre dans sa province natale pour assister à l'inhumation de son père. Promesse donc d'un récit de deuil, de souvenirs, d'héritage familial - thèmes qui m'attirent particulièrement dans la littérature japonaise, pays dont la culture m'intéresse énormément.

Si la première partie - où est relatée l'épisode du père qui un jour de la fête des morts (quelques jours après avoir enterré son propre père) pêche un poisson-chat à trois yeux -, m'a fait craindre quelque peu que l'histoire partirait trop dans le fantastique (j'aime mais à petites touches subtiles) et dans des phrases trop contemplatives, j'ai rapidement retrouvé le sourire. Le récit se poursuit avec le nouveau rôle de chacun au sein d'une famille où le frère aîné vient de mourir (la place des deux oncles du narrateur mais aussi sa place à lui, le fils du disparu), les coutumes, la difficulté à trouver sa place dans la société (et pas qu'au sein de la famille) - l'exemple de l'oncle pasteur étant, à ce titre, tout à fait révélateur.

Une grande place est laissée aussi à la nature, élément essentiel du récit. La langue est poétique, c'est très beau.

Le Gassan n'était pas très pentu, mais il avait de l'étendue. Quand nous arrivâmes au sommet, j'avais des crampes dans les mollets, j'étais à bout de souffle et plutôt épuisé (...). J'avais déjà marché jusqu'au huitième palier, mais c'était la première fois que j'allais jusqu'au sommet, et je dois dire que je me sentais bien. La vue qui s'ouvrait devant nous n'était pas époustouflante, mais l'atmosphère étant vraiment celle des hauteurs, j'étais grisé par le sentiment de me trouver à la limite du ciel et de la terre. Cependant, bien que me trouvant au somment, curieusement je n'éprouvais aucune sensation de domination, j'étais plutôt frappé de me trouver cerné au creux des montagnes." (pp. 127-8)

Je sais que je n'en dis pas beaucoup mais c'est un de ses romans que j'ai beaucoup aimé et pour lequel - cela m'arrive souvent -, j'ai, du coup, du mal à exprimer mon ressenti. Mais croyez-moi, il vaut la peine d'être découvert.

(éd. Actes Sud, Mitsume no namazu traduit par Pascale Simon, 156 pp., 2004)

Commentaires

Ingannmic, a dit…
Je trouve assez souvent qu'il est plus facile de dire pourquoi un roman ne nous a pas plu, que le contraire ! Je note ce titre (comme quoi tu as tout de même été convaincante !), car je connais mal la littérature japonaise, et j'aimerais bien combler un peu cette lacune (parmi tant d'autres...)
Lewerentz S a dit…
Merci pour ton message Ingannmic. J'espère que tu aimeras.
marco a dit…
je n'en ai pas entendu parlé ... je note.
Aifelle a dit…
Il a tout pour me plaire ce roman. C'est noté :-)
Cecile a dit…
Très bel extrait en tout cas !
Lewerentz S a dit…
Marco et Aifelle : bonne lecture !

Cécile : allez-vous le lire ?
Tania a dit…
C'est tentant, je retiens ce titre. Bonne journée !
maggie a dit…
Une belle écriture et un drame familial ? Moi aussi ca me tente :-)