Les variations Lucy - Sara Zarr

source: site éditeur

Lucy Beck-Moreau, 15 ans, a consacré toute son enfance à la pratique du piano. Enfant virtuose, ses parents et son grand-père maternel, n'ont cessé de l'emmener de concours en galas, sans compter les heures journalières de répétitions; elle a même enregistré un disque. Jusqu'au jour où, lors d'un festival à Prague, Lucy, sur scène et prête à jouer, se lève et part, errant toute la journée en ville avant de rejoindre son hôtel où l'attendent son père et son grand-père. Simple perturbation due au fait que son père lui a annoncé, juste avant son passage, le décès de sa grand-mère maternelle ou crise plus profonde ?

Le roman commence huit mois plus tard, alors que Mme Temnikova, la professeur de piano de son jeune frère Gustave (Gus), s'écroule, victime d'un AVC. Depuis l'incident de Prague, Lucy n'a plus touché un clavier, provoquant l'ire de son grand-père (il considère la décision de Lucy comme irréversible) et une certaine tension latente dans sa famille. Gus étant également un enfant virtuose, grand-père Beck veut immédiatement lui trouver un nouveau professeur, car un gala se profile dans quelques semaines et il n'est pas question que son petit-fils n'y soit que "moyen"; il doit être le meilleur. Lucy, quant à elle, a pour la première fois de sa vie, retrouvé le chemin du lycée pour y suivre une scolarité normale avec sa meilleure amie Reyna et leur ami Carson. Pourtant, même si elle essaie de se persuader du contraire, la musique, la passion de la musique, ne l'a pas quittée. Et lorsque Will Devi est engagé pour donner des cours à Gus, Lucy va peu à peu essayer de (re)trouver sa voie vers le piano mais selon ses envies et non celles qu'on lui a imposées.
"A l'heure du déjeuner, Lucy se sentait de nouveau à peu près elle-même. Elle avait passé le deuxième cours de la matinée à se persuader que les sentiments qui la traversaient n'avaient pas d'importance. Il était inutile de s'imaginer qu'elle pourrait un jour se remettre au clavier du Hagspiel, comme si c'était autant sa place que celle de Gus. Jamais son grand-père ne la laisserait faire". (p. 100)

Un roman qui m'a beaucoup plu, sur lequel je suis tombée par hasard à la bibliothèque des jeunes alors que je l'avais repéré plusieurs mois auparavant à la librairie - un heureux hasard. J'ai bien aimé les personnages, la description de leur sentiments - malgré quelques facilités et faiblesse telle l'amourette entre Lucy et Will m'a vraiment dérangée; trop facile, couru d'avance et inutile; heureusement, elle n'intervient que dans la dernière partie. J'ai regretté aussi le peu d'attention accordé aux décors, de même que le côté "cosy monde de riches" dans lequel évolue Lucy. Non pas que j'aurais préféré qu'elle vive dans un squat (oh que non !, je n'aurais même pas ouvert le roman) mais il y a un certaine facilité, pas vraiment "explicitée", qui m'a un poil titillée.

Cela dit, je n'ai pas boudé mon plaisir et le rapport à la musique m'a, évidemment beaucoup plu. Vivement recommandé !
"Ses doigts commençaient à se dégourdir, mais les sons qui sortaient du piano manquaient encore de relief. Lucy ne s'attendait à rien d'extraordinaire. Ça ne marchait pas comme ça. Lorsque l'on néglige ses dons, ils se flétrissent et meurent, alors on n'en est plus digne. En tout cas, c'est ce que Grand-père Beck avait affirmé un jour.
Mais, en jouant, elle comprit: rien n'avait flétri, rien n'était mort. Ses dons étaient tout simplement au repos.
Ses doigts possédaient toujours le talent de l'interprétation, comme l'avait dit son grand-père.
Son cœur comprenait toujours ce que la musique attendait d'elle.
Dans ses veines circulaient à la fois le vin, la chaleur et la vie." (p. 220)
source: theguardian.com
Sara Zarr (née en 1970) est une auteur américaine qui a principalement écrit des romans pour jeunes adultes, mais aussi quelques essais et nouvelles. Plusieurs de ses livre ont obtenu des prix.

(éd. Bayard, traduit par Christine Bouard-Schwartz, 435 pp., 2016)

Commentaires