Les bienheureux - Kristine Bilkau

source: site éditeur

Isabell, violoncelliste, et Georg, journaliste, est un jeune couple, un peu bobos, qui vit dans un petite ville du nord de l'Allemagne. Ils sont les heureux parents de Mathis. Au terme de son congé maternité, Isabell retrouve sa place au sein d'un petit orchestre qui accompagne une comédie musicale. Mais les choses ne se passent pas aussi bien qu'elle pouvait l'espérer : à chaque représentation, son bras droit (celui qui tient l'archet) est pris d'un incontrôlable tremblement. Elle finit par se mettre en arrêt maladie et entame une thérapie musculaire. Georg, lui, sait depuis plusieurs mois que le journal pour lequel il travaille est en difficulté et, à la suite d'une restructuration du groupe de presse, se retrouve au chômage.

Comment continuer leur vie ? Que faire ? Partir à la campagne et s'adonner, comme le propose Georg, à l'agriculture biologique ? Mais Isabell croit à sa chance de surmonter son handicap et retrouver un travail. Elle ne veut pas non plus renoncer à leur appartement, leurs habitudes, les cafés et restaurants biologiques, les sorties. Leur couple aussi est mis à mal; les reproches plus ou moins silencieux s'enchaînent et la spirale ne semble pas vouloir s'arrêter à mesure que les mois passent et qu'aucun des deux ne retrouve un travail.

Présenté ainsi, on pourrait penser que ce premier roman est déprimant de bout en bout. Ce n'est pourtant pas le cas et il s'achève sur une note d'espoir. Les thèmes abordés, notamment la crise économique et ses conséquences sur la vie d'une famille, la réussite sociale, l'image que l'on a de soit et celle que l'on veut donner, la fragilité d'une place de travail mais les factures qui continuent à arriver, sont intéressants et bien menés, de manière fine et subtile. J'ai toutefois regretté une certaine lenteur, le motif principal (la crise et ses conséquences) étant répété en une infinité de variations mais qui, à mon sens, au pu être plus "ramassée", plus "efficace". J'ai, par contre, beaucoup aimé le style - et donc la traduction de Dominique Autrand.

Sa main et celle de Georg en même temps sur la porte du placard, "laisse donc, je le fais", dit-elle, et plus rapide que lui, elle en sort la farine pour bébés. L'eau chante dans la bouilloire, j'y vais ? Tu veux le faire ? Ils sont deux pour s'occuper d'un seul enfant et ne cessent de se gêner mutuellement. Georg lui tend le bol de porcelaine pour la bouillie d'épeautre, "il y en a déjà un", dit-elle en désignant la table.
Il prend le sac de la boulangerie et le froisse.
- Est-ce qu'il y a marqué "L'excellence artisanale" ? demande-t-il, et il le défroisse un peu. Évidemment, les crétins, marmonne-t-il en jetant le sac dans la poubelle. Et à cause de ce genre de conneries prétentieuses, il a fallu que l'autre boutique y passe.
Pain bis, amandines, sa mère les achetait là-bas autrefois, et surtout les meilleurs éclairs au chocolat qu'il ait mangé de sa vie. Le pâtissier installé de longue date a été obligé de fermer il y a presque un an, parce que les gens aiment mieux faire le pied de grue devant la nouvelle boutique jusqu'à ce que vienne leur tour. Une fleuriste occupe aujourd'hui les locaux de l'ancienne pâtisserie, Créations florales, pense-t-elle, et elle préfère ne pas prononcer le nom parce que Georg le trouverait aussi débile que L'excellence artisanale. (pp. 24-5)

source: abendblatt.de

Kristine Bilkau (née en 1974) était journaliste économique avant de se consacrer à l'écriture. Les bienheureux a reçu un très bon accueil critique en Allemagne et obtenu deux prix. Il vit à Hambourg.

(éd. Fleuve, traduit par D. Autrand, 316 pp., 2017)

Commentaires

maggie a dit…
L'arrière fond social m'aurait bien plu mais j'avoue que la lenteur que tu évoques me fait peur... JE crois que je vais passer mon tour...
matchingpoints a dit…
Merci pour l'idée - je vais le lire en allemand comme je suis d'origine allemande !