Easter parade - Richard Yates

source: laffont.fr

États-Unis, 1930. Sarah, neuf ans, et Emily, quatre ans, vivent avec "Pookie", leur mère, après le divorce de leurs parents. Elles voient leur père de temps en temps; il travaille comme typographe au Sun à New York - les fillettes affirment pourtant à leurs amis que c'est lui qui rédige les gros titres (ce qui n'est qu'un semi-mensonge, quand on y pense). Leur mère, qui rêve de réussir dans l'immobilier, les ballottent continuellement dans de petites villes de banlieues autour de New York. Difficiles pour elles de se faire des amis. A peine sortie de l'adolescence, Sarah entame une histoire avec Tony, le fils des voisins qui a grandi en Angleterre et y a été scolarisé dans une école privé - parfait pour Pookie dont la carrière ne sera jamais qu'un feu de paille.

Si elles ont toujours été proches, les deux soeurs sont pourtant très différentes. Sarah, épousera Tony et aura trois fils, vivra à l'extérieur de New York, tirera toujours un peu le diable par la queue, et finira par boire de plus en plus. Emily ne sera que brièvement mariée (puis divorcée) mais aura plusieurs liaisons. Elle n'aura pas d'enfants - mais avortera au moins deux fois -, et travaillera toujours à New York, principalement comme rédactrice pour une agence de publicité.

Raconté ainsi, je conviens que cela ne paraît pas forcément tentant. C'est un roman difficile à résumer, à vrai dire, mais qui m'a beaucoup plu. Pour utiliser des poncifs généraux, on pourrait dire qu'il parle de la condition de la femme américaine "middle-class", avant puis après la seconde guerre mondiale. Il a été publié en 1976 mais je ne suis pas certaine que la situation est beaucoup évoluée dans certains pays.

Le style, sobre, m'a énormément plu. J'ai plusieurs fois pensé à John Cheever - en moins déprimant. L'histoire est quasiment uniquement narrée du point de vue d'Emily, ce qui m'a surpris - je m'attendais à une alternance entre les deux soeurs.
source: nicholasbasbanes.com

Puis elle sortit de l'appartement et retrouva sa liberté. Ce n'est qu'une fois dans la rue - Morton Street, au niveau de la Septième Avenue - qu'elle ressentit les effets de l'inhabituel abus d'alcool de la veille au soir. Les rayons agressifs du soleil pénétrèrent douloureusement au plus profond de son crâne; elle y voyait à peine et elle eut du mal à ouvrir la portière du taxi tant sa main tremblait. Néanmoins, sur le chemin, inspirant l'air chaud qui s'engouffrait par la vitre ouverte, elle commença à se sentir mieux. On était samedi - comment pouvait-elle en être si sûre alors qu'elle avait oublié tout le reste ? -, ce qui lui laissait deux jours entiers pour récupérer avant de retourner au travail.
(p. 139-40)

Richard Yates (1926-92) est romancier et nouvelliste. Après avoir servi en Europe durant la seconde guerre mondiale, il travaille comme journaliste et rédacteur publicitaire. Après la parution de son premier roman, La fenêtre panoramique (= Revolutionary road, 1961, finaliste du National book award), il enseigne à l'université. Il a également écrit deux scénarios de films.


(éd. Robert Laffont, Pavillons, traduit par Alie Azoulay-Paevon, 258 pp., 2010)

Commentaires

Kathel a dit…
J'ai beaucoup aimé ce roman, assez sombre, il est vrai... la vie y semble une suite de moments décevants...
niki a dit…
j'ai "revolutionary road" dans ma pal - ce sujet ci me plairait aussi, je pense
Sandrine a dit…
Je n'ai lu qu'un roman de Richard Yates, sans beaucoup d'enthousiasme et celui des lecteurs, souvent unanimes pourtant, ne me donne pas bien envie d'y retourner...
maggie a dit…
On m'a offert "fenêtre panoramique" (je crois), c'est devenu noce rebelle au cinéma... Ca me tente bien même si ça l'air très déprimant...
Cecile a dit…
Je le note pour la bibliothèque. Cela me semble intéressant mais je ne suis pas sûre d'aimer.
Lewerentz S a dit…
A toutes : merci pour votre passage et vos commentaires. Non, non, ce roman n'est pas si déprimant !

Maggie : j'avais vu "Les noces rebelles"; très bon film mais, oui, pour le coup, assez déprimant.
indira a dit…
yates ne m'a jamais tentée. Mais je regarderais quand même à l'occasion