Beckomberga. Ode à ma famille - Sara Stridsberg

source: site éditeur

1995, l'asile Beckomberga, situé au nord de Stockholm et ouvert en 1932, ferme. Construit pour être "une petite ville autonome", à la pointe des nouvelles méthodes pour traiter la "folie", c'est là que Jim, le père de Jackie, la narratrice, a passé la majeure partie de sa vie. Là qu'elle lui a rendu de nombreuses visites - au contraire de sa mère Lone. Là où elle se sentait bien. Pourtant, Jim n'a jamais cessé d'affirmer son mal de vivre, malgré son amour pour sa femme et sa fille.

Il m'est difficile de parler de ce roman dont l'écriture est absolument magnifique et lumineuse. Très belle, poétique, "lunaire", avec une pointe de "folie", d'étrangeté. Pourtant, si j'ai vraiment apprécié son style, j'avoue être restée un peu en dehors dans le sens où le récit n'est pas linéaire mais fait d'incessants allers-retours temporels dont je ne suis pas sûre d'avoir toujours bien compris les liens entre les différents personnages - celui d'Olof, par exemple, est resté un mystère pour moi.

Ce qui est sûr, c'est que le récit est une déclaration d'amour d'une fille pour son père qu'elle essaie de sauver tout en espérant ne pas avoir hérité de sa folie. De l'amour d'une fille pour son fils Marion qu'elle élève seule.

- Ce n'était pas bizarre, quand même ? Que je passe tout mon temps dans un vieil hôpital psychiatrique ?
Lone me regarde un long moment avant de répondre, je la vois partir dans ses pensées, flotter un instant avant de revenir à nous. Et bientôt ce rêve-là s'éteindra lui aussi, j'aimerais tellement pouvoir la retenir encore un peu.
- Je ne sais pas si c'était bizarre. Tu voulais être auprès de ton papa.
- Sauf qu'il n'a jamais été un vrai papa.
- Il était quoi, dans ce cas ?
- C'est justement ça que j'ignore. Il était autre chose.
- Alors pourquoi tu y allais, à Beckomberga ?
Le soleil brille désormais d'une lumière si faible, quelques stries dorées subsistent dans le ciel.
- Je me disais sûrement que j'arriverais à le ramener à la maison, pour qu'il soit à nouveau avec toi.
- Mais je ne voulais pas de lui. Tu l'as oublié ?
- J'en ai bien peur. (pp. 208-9)

source: dn.se

Sara Stridsberg (née en 1972) est romancière et dramaturge. Elle a obtenu de nombreux prix pour ses pièces comme ses romans dont cinq autres ont été traduits en français.

(éd. Gallimard, traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud, 377 pp., 2016)

Commentaires

niki a dit…
tu en parles très joliment, même si tu as trouvé cela difficile - certains livres nous touchent particulièrement et l'on n'arrive pas toujours à exprimer ce que l'on ressent, mais crois moi, tu véhicules parfaitement ce que tu as ressenti
Kathel a dit…
Très tentant, j'aime bien sortir des romans purs et durs de temps à autre...
Laure a dit…
J'aime bien comprendre l'ensemble du livre, et ce point me dérange un peu, mais pour le reste, je suis très intriguée, et j'ai envie de tenter cette lecture. Si j'ai bien compris, il faut un moment choisi.
Lewerentz S a dit…
Merci pour votre passage, Laure ! Je viens d'aller voir votre blog et j'y reviendrai :-) Oui, en effet, je pense qu'il faut être dans l'état d'esprit adéquat pour accrocher à ce livre. Mais à tenter, assurément.
Ingannmic, a dit…
C'est vrai que la structure narrative (ou son apparent manque de structure) de ce roman peut être être déstabilisante. Il faut accepter de ne pas avoir de repère, et se laisser guider par l'écriture, en effet très belle.
Carole Paplorey a dit…
Bonsoir, il y a une structure au contraire assez marquée mais finalement ce que l'on retient c'est la grande profondeur de ce texte et les portraits du père, mais aussi de la mère Lone, de l'amante Sabina, de Paul et du medecin. Se dégage de l'ensemble une impression extraordinaire de liberté et d'intelligence.