Le regardeur - Thomas Farber

Comment sont classés les livres, à la bibliothèque où vous vous rendez ? Est-ce que toute la fiction est mélangée ou classée par catégorie (romans, romans policiers, littérature jeunes adultes, science-fiction, historique, nouvelle, terroir, érotisme, etc.) ? A la mienne, c'est le seconde variante et franchement, j'avoue que c'est parfois embêtant; car un roman que l'on s'attend à trouver sous cette simple appellation a parfois été considéré comme un roman policier ou l'inverse, etc. C'est surtout pour ces deux catégories-là que les "divergences d'opinion" arrivent le plus mais c'est vrai que je n'ai pas toujours le réflexe d'aller voir dans l'autre catégorie si je ne l'ai pas trouvé dans la première. Bref, du coup, il y a certains rayons devant lesquels je ne passe quasiment jamais, la SF et les "romans du terroir". Et comme les textes érotiques se juste à côté de ses derniers (aussi surprenant que cela puisse paraître car, à priori le public cible est bien différent), je ne m'étais jamais trop intéressée à ses contenus. L'autre jour, je furetais sans vraiment regarder à quel rayon j'étais et lorsque j'ai vu un livre édité par Joëlle Losfeld (gage de qualité, à mon avis), je l'ai sorti du rayon. Le quatrième de couverture et quelques phrases lues au hasard des pages me tentaient, et je l'ai donc embarqué
 
source: site éditeur

Je dois bien avouer que j'ai lu très peu de textes érotiques. A y réfléchir, je dirais que les deux seuls sont La vie sexuelle de Catherine M. (très cru, si je me souviens bien) et  Journal d'une femme adultère de Curt Leviant (que j'avais surtout acheté à cause de son héroïne violoncelliste et que j'avais trouvé beaucoup trop long et bavard). Donc, je n'étais pas trop sûre de savoir à quoi m'attendre.

Et j'ai eu une bonne surprise, car le texte n'est pas vraiment cru (malgré ce que dit le quatrième de couverture) - à part un peu vers la fin - mais, au contraire très littéraire, psychologique et intellectuel. Avec beaucoup de références à l'art et la littérature. Il faut dire que lui est écrivain, la quarantaine, et elle est étudiante en histoire de l'art et mariée - et elle n'a pas l’intention de quitter son mari. On ne sait pas leur noms mais cela ne m'a pas dérangé. Leur passion nous emporte grâce à un texte très travaillé, de belles phrases.

Alors qu'ils sont assis sur un banc, en face du Golden Gate, il se laisse lentement glisser de côté, tête sur ses genoux, lève son regard vers les yeux bleus de la jeune femme. Elle prend le visage de l'écrivain entre ses mains, comme l'autre fois, et ils s'embrassent. Elle lui mord les lèvres, fort; suce, fort. Leurs bouches s'accordent, semblent faites l'une pour l'autre. (p. 41) 

Une chose m'a toutefois grandement dérangé dans la seconde partie où, systématiquement, lui l'appelle bébé ou "ma fille", et elle s'adresse à lui en disant "père". Cela m'a mis franchement mal à l'aise, d'autant que le texte devient plus cru, et cela a un peu gâché ma lecture.

Une fois, une fois sa fille a demandé à l'écrivain : "Qui de nous deux a pris cette photo ?" Aucun moyen de le dire, vraiment. Une autre fois, elle a demandé : "Je te plais toujours ?" Vêtue seulement de sa culotte bleu nuit à étoiles blanches. Achetée pour lui, dit-elle. "Alors ?"
- Alors quoi ?
- Je te plais toujours ? 
- Oui, mais c'est compliqué.
- Mon père me désire-t-il encore ?
- Oui. (p. 169-70)

Je n'ai pas lu Fifty shades of grey ou un de ses avatars comme on en voit fleurir les rayons des librairies depuis quelques années, donc je ne peux pas comparer. Mais ce texte court est vraiment bien écrit et, malgré mes réserves susmentionnées, je vous le recommande.
 
source: english.berkeley.edu

Thomas Farber est Américain et enseigne l'écriture à l'université de Berkeley. Il a écrit plusieurs romans mais aussi des textes sur l'art et la photographie.

d. Joëlle Losfeld, traduit par Marie-Hélène Dumas, 173 pp., 2010) 

Commentaires

Cecile a dit…
Je note pour un passage à la bibliothèque (dans la mienne, il classe tout en même temps donc je n'aurais pas de problèmes ;) )
claudialucia a dit…
Euh! Je ne sais pas s'il me plairait! J'avais lu la vie sexuelle de Catherine M., en son temps. Cela m'avait un peu bousculée! En plus, je trouve ce genre d'ouvrage tellement nombriliste et complaisant.
Lewerentz S a dit…
On ne peut pas taxer ce livre-là de nombriliste, d'une part car il n'est pas écrit à la 1re personne, et d'autre part parce que... non, je t'assure on ne peut pas lui reprocher cela. Pour ma part, ce n'est pas un genre que je lirais continuellement, mais une fois de temps en temps.
claudialucia a dit…
Tu as certainement raison, qu'importe le sujet s'il est bien traité!