Le home - Claude Darbellay


Samedi matin, en passant à ma librairie, c’était l’effervescence : la méridienne et des livres déplacés, une table dressée, un apéritif préparé, puis l’arrivée de l’auteur Claude Darbellay pour une séance de signature et lectures. La librairie n’est pas grande et lorsqu’il s’y déroule de tels événements, je m’empresse en général de partir pour revenir plus tard, car je n’aime pas trop être « bousculée ». Alors que la libraire inscrivait ma commande, j’ai attrapé un exemplaire du roman et lu le quatrième de couverture. Mais tiens, ça semble pas si mal, me suis-je dis. Allez, ni une ni deux, je l’ai acheté et demandé à son auteur de me le dédicacer (la dédicace est fort sympathique :-) 

Je l’avoue, je ne connaissais pas du tout Claude Darbellay et pourtant, en parcourant la notice biographique, je me suis aperçue qu’il avait déjà beaucoup publié (poésie, romans, récits) et qu’il avait reçu quasiment autant de distinctions, bourses et prix. Et en plus, il est de la région.

Le roman est court (125 pp.) et dès les premières phrases, j’ai beaucoup aimé le style à la fois simple et fluide, narré à la première personne par Odile, 80 ans, veuve et placé dans un home par son fils. D’abord rétive, elle observe ses compagnons, relatant son quotidien au lecteur. Entre un nouvel amoureux (Markus, 70 ans), les alliances et les trahisons avec d’autres pensionnaires, les descriptions du personnel soignant et les "complots de cafétéria", le récit est tout à la fois touchant, sincère ; on a parfois le cœur serré. 

Au début de cette année, j’ai abandonné Bons baisers de Cora Sledge de Leslie Larson, qui se passe aussi dans une maison pour personnes âgées. Non pas que je l’ai trouvé mauvais mais beaucoup trop longuet, un peu trop "grand-guignolesque". J’y ai repensé en lisant Le home et j’en ai d’autant plus apprécié la concision et "l’efficacité", si j’ose dire. Tout est dit avec pudeur, retenu mais sans « s’appesantir » grâce à une touche "d’humour", de légèreté. Un seul regret, l’avant-dernier chapitre, qui, à mon sens, n’est pas dans le ton des autres.  

« Quand Paul débarque, quinze jours après mon entrée à l’essai, je dis que je veux rentrer. Il m’écoute deux minutes, sort un papier de son porte-document. La dédite de mon bail à loyer. Tout est écrit. Y compris la date. Je n’ai plus qu’à signer, là, en bas, à gauche. Je répète que je veux rentrer, je ne signerai rien du tout. Je n’étais pas bien ici ? Si, mais je voulais rentrer chez moi. Il me tend un stylo. Il n’y a plus de chez toi. Comment ? Il a fait venir les déménageurs, l’appartement est vide. (…) Je me sens disparaître. Et puis, avant que je puisse reprendre mon souffle, il sort le contrat d’hébergement pour Le Home. Sous référant, il a écrit son nom, rempli toutes les rubriques, y compris celles concernant mes goûts et habitudes. Là aussi, il ne me reste qu’à signer. Je l’insulte. Il me tend un visage lisse, attend que je m’épuise. Il n’y pouvait rien. Ce n’était pas lui qui avait cassé le bracelet alarme. Égal à lui-même mon fils. Toujours une justification à portée de main. (…) Qu’est-ce que je pouvais faire ? chercher un autre appartement ? le meubler ? tout racheter, jusqu’aux linges de bain ? c’était au-dessus de mes forces. Et il le savait depuis le début. » (pp. 13-14) 
Claude Darbellay est né en 1953 et a étudié les lettres à l’université de Neuchâtel. Il enseigne ensuite le français à Londres, vit en Espagne, en Italie et en Amérique, avant de revenir en Suisse. Il enseigne aujourd’hui au lycée de La Chaux-de-Fonds.

(éd. G d'Encre, 2013)
(photo auteur : site du journal L'express) 

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