La dactylographe de Mr James - Michiel Heyns

Miss Wroth est engagée comme dactylo par Henry James. Elle découvre, et le lecteur avec elle, l'univers du grand écrivain : ses habitudes d'écriture, ses relations avec ses amis et sa famille (notamment son frère William), ses jardiniers et sa cuisinière, ses jeunes admirateurs écrivains en devenir, sa santé, son domicile à la campagne. Parmi les visiteurs, il y a Morton Fullerton, un journaliste américain que l'on devine légèrement arriviste et surtout  profiteur de la renommée de James, qui séduit Miss Wroth et lui demande de voler les lettres qu'il avait écrit à James, par peur d'une publication posthume (la santé de l'écrivain étant régulièrement évoquée).

Un roman sympathique qui mêle réalité et fiction mais dont la trame narrative aurait pu, à mon sens, être plus "soutenue". Non pas qu'il ne se passe rien, mais j'ai trouvé qu'elle manquait un peu de rythme, voire d'intérêt. D'un côté, je n'aimais pas trop la place que prenait la relation Wroth-Fullerton, et de l'autre, les tentatives de vol des lettres traîne en longueur.

Par contre, les scènes avec les amis, ou celles les évoquant, donne lieu à quelques passages très réussis et piquants, comme, p.ex. celui-ci où c'est Henry James parle d'Edith Wharton à Miss Wroth :

- "Merci mille fois, ma chère, de vous soucier ainsi de moi, mais ni Mrs Wharton ni Mr Fullerton ne me causent le moindre dérangement. Disons, pour être franc, pas Mr Fullerton; Mrs Wharton, je le concède, est une présence éprouvante, mais seulement en ce qu’elle exprime un plaisir de vivre tel que l'on se sent poussé, ou plus exactement incité, à le partager comme si l'on bénéficiait d'une éternelle jeunesse et d'une énergie sans limite. Je l'appelle l'Oiseau de Feu, vous savez, d'après la sublime création de Diaghilev. (...) J'avais espéré que Mr Fullerton et elle saisiraient l'occasion de goûter quelques jours de tranquillité à Lamb House, mais Mrs Wharton, à qui la tranquillité fait le même effet que la mélasse à un dauphin, a décrété que nous devions ravager les comtés du Sussex et du Kent pendant deux ou trois jours, déferlant comme une tempête d'ouest, de Chichester à Canterbury. Je crois que, grâce aux instincts maraudeurs de Mrs Wharton, j'aurai bientôt visité toutes les cathédrales d'Angleterre. (...) Il me semble que je disposerai de très peu de temps jusqu'à la fin de la semaine pour poursuivre ma petite activité, aussi devons-nous vous et moi, Miss Wroth, profiter des quelques heures qui nous sont octroyées avant la descente en piquée de l'Oiseau de Feu." (pp. 252-3)


 Michiel Heyns est né en en Afrique du Sud en 1943. Ecrivain, traducteur, professeur, il a notamment étudié à l'université de Cambridge.


(éd. Philippe Rey, 2012)
(photo auteur: site Books Live)

Commentaires

Ys a dit…
Décidément, cet Henry James inspire les romanciers (après David Lodge par exemple)...
maggie a dit…
C'est vrai que le rythme n'est pas très soutenu : surtout, il y a des moments répétitifs... J'ai tout de même bien aimé l'ambiance et le portrait de James !