L'heure trouble - Johan Theorin

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Öland, une île suédoise proche de Göteborg, 1972. Jens, un petit garçon de sept ans chez ses grands-parents, disparaît un dimanche de brouillard. Vingt ans plus tard, Gerlof, son grand-père, reçoit une de ses chaussures par la poste. Il appelle alors sa fille Julia qui ne s’est jamais remis de la disparition de son fils et noie son chagrin dans l’alcool. Elle retourne sur l’île de son enfance pour tenter d’en apprendre plus, guidée par son père, avec lequel les relations sont difficiles mais qui semble avoir une longueur d’avance mais ne lui distille les informations qu’au compte-gouttes. Qui a envoyé la sandalette et pourquoi ? Le meurtrier présumé est mort et enterré depuis longtemps… 

Décidément, ma découverte de la littérature scandinave, suédoise plus précisément, ne se fait pas « sans mal ». Après la semi-déception de Le rêveur et la peine d’E.-M. Liffner, j’ai bien cru que celui-ci allait aussi me laisser sur le carreau.

Heureusement non mais sans les deux cent premières pages, le roman m’aurait encore plus plu ;-) Bon, c’est un peu rude (et injuste) d’écrire cela ainsi, mais c’est pourtant le temps qu’il m’a fallu pour que j’accroche vraiment à l’histoire qui, pourtant avait tout pour me plaire. Non, ce qui me dérangeait, c’est le rythme trop lent. Je ne demandais pas des courses-poursuites et des coups de feu à tout va (j’ai même plutôt horreur de cela !), mais j’étais un peu agacée par Gerlof qui ne donnait ses idées et pistes à suivre à sa fille (et au lecteur par la même occasion) qu’à demi-mots, en hésitant. Et en plus, je n’aimais pas trop le personnage de Julia qui continuait à parler à Jens comme s’il était encore vivant mais, en même temps, n’avait pas l’air de vraiment vouloir découvrir la vérité. 

Toutefois les choses se sont finalement améliorées et j’ai vraiment apprécié les trois cent pages suivantes. Gerlof s’est révélé un personnage très touchant et intéressant. Après une vie de pêcheur et la mort de son épouse, il vit dans une maison de retraite, régulièrement secoué par des crises du syndrome de Sjögren (maladie auto-immune qui touche, entre autres, les glandes lacrymales et salivaires) que l’auteur décrit comme un personnage, l’ombre de Gerlof. 

« Assis dans le bus pour Marnäs, Gerlof réfléchissait. Il avait un peu piqué du nez entre Borgholm et Köpingsvik mais, une fois sur la lande, il s’était réveillé. A présent il réfléchissait.  
Sa confrontation avec Martin Malm avait fait remonter à la surface plus de choses que prévu, une quantité d’hypothèses sans fondement, qu’il ne serait probablement jamais possible de vérifier. Il n’avait pas recueilli d’aveux, mais au moins, tout avait été dit. 
Il pourrait à présent essayer de tourner la page. Faire entrer d’autres maquettes de bateaux dans des bouteilles. Recevoir la visite de John et prendre le café. Lire les annonces de décès dans le journal et voir l’hiver approcher autour de la maison de retraite de Marnäs. 
Mais il était difficile d’oublier. Tant de choses méritaient réflexion. » (p. 437) 


Johan Theorin est né en 1963 à Gothenburg. Il est journaliste et écrivain. Il connaît très bien l’île d’Öland (dans la mer Baltique), car la famille de sa mère (marins, pêcheurs, fermiers) y vit depuis très longtemps et lui a transmis de nombreux contes et légendes folkloriques du lieu. Ses quatre premiers romans s’y déroulent et (au vue de l’extrait que j’ai lu de Le sang des pierres), Gerlof en est un personnage récurrent. Il rencontre le succès dès son premier roman et a reçu plusieurs prix.

(éd. Le livre de poche, 2011)
(photo auteur : site web The litterary magazine)

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