vendredi 25 novembre 2011

La sorcière d'Exmoor - Margaret Drabble


Voici un roman bien difficile à résumer, car assez touffu. En gros, on peut dire que c’est l’histoire de la famille Palmer, les trois enfants adultes, leurs conjoints et enfants respectifs, et celle de leur mère Frieda, auto-proclamée "sorcière d’Exmoor" depuis qu’elle a quitté Londres pour une vieille maison en ruine sur la côte des Cornouailles. C’est là qu’elle compte écrire ses mémoires et "régler ses comptes" avec sa famille (qui la prend pour une excentrique et ne s’intéresse qu’à son futur testament) et la société.

Et sur ce dernier point, Margaret Drabble n’y va pas avec le dos de la cuillère, comme on dit : son roman n’épargne rien aux institutions britanniques de la période après le gouvernement tatchérien, que ça soit le système de santé, l’éducation, les milieux politique, artistique, industriel, l’émigration et l’intégration des cultures des anciennes colonies, les milieux petit-bourgeois, la mal-bouffe, etc. Si on s’intéresse à la Grande-Bretagne, c’est un régal à lire ; sinon, certains passages pourront sembler indigestes. C’est vrai aussi que parfois ça peut sembler "trop", partir dans tous les sens sans vraiment aboutir. Mais c’est mordant, ironique, non dénué d’humour.

J’ai bien aimé le style, à savoir que l’auteur s’adresse souvent directement à son lecteur, que ce soit pour parler de ses personnages, comme pour critiquer son pays. C’est assez surprenant au début, mais ça fonctionne bien. J’ai aussi apprécié les personnages, avec toutefois une petite réserve pour Frieda malgré son indépendance d’esprit et son je-m’en-foutisme de ce que sa famille pense d’elle.


Margaret Drabble est née en 1939 dans le Yorkshire, sœur cadette de l’écrivain Antonia S. Byatt (au niveau "densité des informations", je trouve d’ailleurs qu’il y a des similitudes entre les deux). Après des études à Cambridge (littérature anglaise), elle fait du théâtre puis écrit son premier roman, à vingt-quatre ans. Elle a également publié des essais et pièces de théâtre. Elle est mariée à l’auteur Michael Holroyd.

(éd. Phébus, libretto, 2011)
(photo auteur : site Internet The Guardian)

mardi 22 novembre 2011

The girl on the landing - Paul Torday

Michael et Elisabeth sont mariés depuis une dizaine d'années. Un mariage un peu ennuyeux, sans réelle passion mais stable et confortable. Michael a hérité d'un domaine en Ecosse et de pas mal d'argent à la mort de ses parents. Il ne travaille pas, seconde simplement le secrétaire de son club londonien où il passe une grande partie de son temps. Elisabeth travaille pour un magazine de stylisme.

Après un week-end de golf en Irlande, Elisabeth commence à noter quelques changements dans le comportement de son époux qui devient plus animé, passionné, spontané, plus vivant. Il devient un homme dont elle (re)tombe vraiment amoureuse. Michael, lui, commence à rencontrer Lamia, une mystérieuse jeune femme vêtue d'une longue robe verte et qui surgit toujours de manière inattendue. 

Peu à peu, Elisabeth comprend toutefois (et le lecteur aussi) que son mari souffre de troubles psychiatriques (schizophrénie) et découvre tout un pan de sa vie avant leur recontre qu'elle ignorait. Elle refuse cependant de croire les médecins qui lui affirment que si Michael stoppe sa médication, il pourrait devenir dangereux pour les autres comme pour lui.

J'ai bien aimé ce roman et sa construction qui alterne les chapitres avec les voix de Michael et d'Elisabeth. La fin m'a un peu déçue mais elle a le mérite d'être inattendue. Les descriptions des changements de la personnalité de Michael sont subtils et convaincants. J'ai apprécié aussi qu'il ne s'agit pas d'un thriller - malgré le suspens qui croît rapidement à la fin.

Bref, un bon roman !



Paul Torday (né en 1946) a étudié la littérature anglaise à Oxford puis a travaillé durant une trentaine d'années dans l'industrie et l'ingénierie avant de se mettre à l'écriture. Son premier roman, Partie de pêche au Yémen (éd. originale 2006) devient un best-seller et est traduit en dix-neuf langues. Son second roman, Descente aux grands crus (éd. originale 2008) est également disponible en français.

(éd. Phoenix, 2009)
(photo auteur : site web The Independent)

lundi 14 novembre 2011

L'indésirable - Sarah Waters

Le Dr Faraday est appelé à Hundreds Hall pour soigner Betty, la jeune domestique de la famille Ayres. Celle-ci vit dans la région depuis des générations mais la seconde guerre mondiale étant passé par là, elle ne compte maintenant plus que Mrs Ayres, Caroline, la "vieille" fille de vingt-six ans, et Roderick, le fils blessé au combat. Cette visite est la première d'une longue série puisque Faraday va ensuite soigner Roderick et se lier "d'amitié" avec la famille. 

Les Ayres tentent de conserver leur propriété en exploitant la ferme du domaine mais les temps sont durs et la maison tombent en ruine et les dettes s'accumulent. Parallèlement, d'étranges phénomènes surviennent autour de Roderick; mais Faraday pense qu'il perd la raison à la suite du traumatisme de la guerre.

Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé ce roman même si j'ai eu un gros passage à vide vers la moitié et ai plus survolé que lu une centaine de pages dans cette partie.

Le côté "la maison est-elle hantée ou non ?" ne m'a pas vraiment convaincue et assez peu intéressée. Il faut dire que les éléments sont lents à se mettre en place et la fin est très ouverte.

C'est surtout le côté "sociologique" du roman qui m'a plu, à savoir la description des conditions de vie dans l'après guerre, que ce soit pour l'aristocratie comme pour la classe moyenne. L'auteur en profite pour écorcher pas mal de thèmes dont le système de santé, les revenus sur les terres, l'urbanisation des campagnes, l'abandon des grands domaines, le déclin (partiel) de la bourgeoisie, entre autres.

La psychologie des personnages est également très bien, les portraits et rapports entre eux sont convaincants. J'ai particulièrement aimé le personnage de Mrs Ayres que j'ai trouvé très touchant.

Bref, une bonne lecture - dommage les longueurs.



Sarah Waters est née en 1966 au Pays de Galles. Diplômée en littérature anglaise, elle se tourne d'abord vers l'enseignement avant de voir son premier roman publié (Tipping the velvet, 1998 - Caresser le velours, 2002) qui est primé et adapté à la télévision. Ses romans suivants seront également couronnés de nombreux prix. Également disponibles en français : Caresser le velours, Du bout des doigts et Ronde de nuit). L'indésirable est une "exception" dans sa production jusqu'à ce jour, puisqu'il est le seul à ne pas de dérouler dans le monde gay et lesbien.


(éd. 10-18, 2011)
(photo auteur : site du Guardian)

lundi 7 novembre 2011

The woman in black - Susan Hill



Arthur Kipps, un jeune notaire, est envoyé dans un petit village rural anglais pour représenter son étude aux funérailles de Mrs Drablow et récupérer les papiers utiles à la succession. La vieille femme vivait retirée à Eel Marsh House, une demeure isolée sur une île et parfois coupée du continent par les marées. Dès son arrivée, Kipps sent que les habitants sont réticents à parler d'elle et de la maison. A l'enterrement, il est seul avec Mr Jerome, son contact sur place, le prêtre et une mystérieuse dame en noire... que lui seul voit. Lorsqu'il demande qui elle est à son compagnon, celui-ci a un malaise et refuse de s'expliquer. Le lendemain, il est conduit sur l'île par un habitant, dans une charette tirée par un âne. Il passe une première nuit sur place; une nuit traumatisante pour ses nerfs...

Ce court roman m'a laissé un sentiment d'insatisfaction. Non, pas à cause du texte en lui-même mais parce qu'il m'a fait prendre conscience de mes limites en anglais ;-( 
J'ai tout à fait bien compris l'histoire mais visiblement pas les subtilités du langage, car en faisant une recherche sur le net, j'ai lu des commentaires qui parlaient d'un texte "frightening" (terrifiant) et "scary" (qui fait peur)... mais je n'ai pas du tout eu peur, et pourtant, je suis une vraie trouillarde !

Du coup, je ne sais pas si je peux vraiment bien vous en parler... 
Le texte se présente comme une ghost story "à l'ancienne" et si l'auteur ne le situait pas au début du 20e s., on pourrait facilement se croire cent ans plus tôt. Comme dans Le tour d'écrou de James, l'histoire est racontée par Kipps à la suite d'une veillée d'hiver où chaque personne raconte une histoire de fantôme. J'ai d'ailleurs trouvé cela dommage, car une fois cette première "introduction", on y revient pas du tout.

Mais sinon, l'intrigue y va crescendo et entre les événements étranges qui surviennent et le mystère de savoir qui est cette dame en noir qu'Arthur revoit sur l'île, la tension est bien maintenue par de simples descriptions de sons, atmosphères, paysages, etc. (mais rien de sanguinolent, merci bien).

Une bonne lecture pour passer le temps lors de fins d'après-midi d'hiver ;-)

(éd. Vintage Classics, 2007)