lundi 27 juin 2011

Tamara Drewe - Posy Simmonds

Ce week-end, j'ai vu le DVD de Tamara Drewe de Stephen Frears, et j'ai eu envie de publier ici mon commentaire sur le roman graphique de Posy Simmonds, publié auparavant sur le forum des "rats de biblionet".

Tamara Drewe, une jeune chroniqueuse dans la presse londonienne, est de retour à la campagne, dans le village où a vécu sa mère et où elle-même à grandie. Dans une petite communauté tranquille qui sera quelque peu secouée par les airs de princesse sexy et le nez refait de l’héroïne. Dans le village vivent également Beth et Nicolas, qui tiennent une retraite pour écrivains, ainsi qu’Andy, leur jardinier, et deux jeunes filles qui rêvent de faire les 400 coups.

C'était le premier roman graphique que je lisais de cette auteur et c'était un tel coup de cœur que, quelques mois plus tard, j'ai lu son adaptation de Mme Bovary de Flaubert, soit Gemma Bovery qui est très bien aussi.

Ce Tamara Drewe est un beau livre aux dessins doux, dans les tons bleutés. Des traits fins, simples, expressifs. Un bel équilibre entre texte et dessins. C’est ironique, doux-amer, assez critique mais délicieux ! Le livre est librement adapté de Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy.

Le film de Frears est, à mon avis, une réussite dans lequel on retrouve toute l'ironie du roman, et les comédiens sont excellents. Dommage qu'un des éléments de l'histoire soit modifié; je n'ai pas trop compris pourquoi.



Posy Simmonds est l’auteur de plusieurs ouvrages graphiques pour la jeunesse et depuis 1977 la dessinatrice du Guardian. Elle vit à Londres.

(éd. Denoël, 2008)
(photo auteure : site web du journal The Telegraph)

lundi 20 juin 2011

Granny Webster - Caroline Blackwood


Autant l’avouer d’emblée, j’ai beaucoup de mal à faire un résumé de ce court roman paru en 1977. Il se découpe en quatre chapitres, le premier relatant le séjour de la narratrice chez son arrière-grand-mère Webster, une femme "raide" et conventionnelle vivant dans une villa de Hove (côte sud de l’Angleterre). La vieille dame a un caractère acariâtre, rigide, et elle se plaît à régenter son arrière-petite-fille, de passage chez elle pour un séjour de repos au bord de la mer, mais aussi Richards, sa domestique borgne dont le dos est aussi plié que celui de la trisaïeul est droit (ce dont elle tire une certaine fierté). 

La narratrice, alors âgée d’une douzaine d’années, se sent tyrannisée et est effrayée. Mais c’est aussi pour elle l’occasion de se plonger dans sa généalogie ; son père est mort alors qu’elle n’était encore qu’une enfant et elle sait finalement peu de choses de sa famille paternelle. Elle commence part s’intéresser à sa grand-mère, la fille de granny Webster, qui passera sa vie à moitié folle dans une grande demeure d’Irlande du Nord qui tombe en ruine, puis à Londres où elle connaît quelques années de rémission, avant de finir ses jours à l’asile, internée par sa propre mère qui signe les papiers à la place de son gendre, lequel ne pouvait se résigner à cette finalité (c’est le troisième chapitre qui se concentre sur cette partie de l’histoire). 

Si sa grand-mère croyait aux fées et aux elfes, sa fille, tante Lavinia pour la narratrice, est une mondaine entretenue par ses amants mais qui finira par se suicider. Le lecteur découvre son histoire dans le second chapitre, celui qui m’a le moins convaincu. 

La dernière partie est consacrée à la mort et l’enterrement de granny Webster. C’est le plus court et le plus émouvant à mon avis. Certes, l’arrière-grand-mère n’est pas un personnage très attirant et jusqu’à sa mort, elle conservera une certaine emprise sur sa famille, mais j’ai trouvé la scène au cimetière très belle. Seule Richards et la narratrice assistent à l’enterrement. La première sera restée fidèle jusqu’au bout à une femme qui pourtant la malmenait, alors que la seconde n’arrivera pas, même à ce moment-là, à ressentir quelque amour pour son ancêtre.

Le roman est court mais acide. Si la seconde partie m’a moins convaincue, c’est parce que j’avais l’impression d’avoir déjà lu une histoire comme celle de Lavinia et que, du coup, j’étais sûrement un peu blasée. Ce chapitre m’a beaucoup fait pensé à L’autre jardin de Francis Wyndham et à La pelouse de camomille de Mary Wesley ; en moins bien à mon goût, toutefois. Le troisième chapitre qui décrit la vie des grand-parents de la narratrice dans leur manoir est le plus noir, je dirais presque le plus "sordide". Caroline Blackwood décrit très bien le bâtiment qui tombe en ruine, la saleté, les repas dégoûtants, le manque d’argent ; tous ces éléments qui semblent comme des répondants à la folie de la grand-mère.

Extrait
« A l’époque où Tommy Redcliffe venait à Dunmartin Hall, ma grand-mère pouvait être parfois très agréable et normale. « Sa tragédie, c’était que ça ne durait pas… »
Elle vivait dans un monde qui n’était pas celui des autres. Souvent elle restait dans sa chambre pendant une grande partie de la journée et n’en sortait qu’à la nuit pour errer sans répit autour de la maison. Parfois elle apparaissait dans la salle à manger alors qu’on était en plein milieu d’un repas, saluant très vaguement son mari, son fils et ses invités comme si elle les reconnaissait à peine mais qu’elle était cependant contente de trouver de la compagnie. Elle s’asseyait à table et faisait la conversation. Pendant un moment, elle était parfaitement lucide et un espoir contagieux s’emparait de toutes les personnes présentes. Peut-être qu’elle allait mieux… Mais alors elle se mettait à parler d’elfes et de fées. » (p. 102)

En relisant cet extrait, je me dis que le roman m’a quand même bien plu, malgré le fait que sur le moment, j’étais un peu dubitative. Probablement que s’il avait été plus long, je l’aurais abandonné.



Lady Caroline Blackwood est née à Londres en 1931, fille aînée d’un marquis et d’une héritière de la brasserie Guinness. Eduquée en Angleterre et dans un internat en Suisse, elle fait des études à Oxford puis travaille comme secrétaire chez un éditeur avant de devenir journaliste. Elle a été mariée trois fois avec des personnalités : au peintre Lucian Freud (1953-8), puis au pianiste Israel Citkowitz (1959-72) et enfin au poète Robert Lowell (1972-7). C’est ce dernier qui l’a particulièrement encouragée à écrire et son premier roman, The stepdaughter (1976) reçoit un prix, alors que le second, Granny Webster, est nominé pour le Booker Prize. Six autres romans suivront (non traduits). A la fin de sa vie, elle connaîtra quelques problèmes d’alcoolisme mais c’est d’un cancer qu’elle meurt en 1996, à New York.

(tableau : Girl in bed, portrait de C. Blackwood par Lucian Freud, 1952)

vendredi 10 juin 2011

The novel in the viola - Natasha Solomons


Vienne à la fin des années 30. Elise Landau, une jeune fille de 19 ans, est envoyé comme domestique en Angleterre par ses parents. Sa famille fait partie de la nouvelle bourgeoisie mais elle est juive et la situation devient critique. Sa mère Anna, chanteuse, et son père Julian, écrivain, souhaitent émigrer aux Etats-Unis grâce à un visa de l’opéra de New York et, une fois, établis, demander un visa pour Elise. Sa sœur Margot aînée, altiste et jeune mariée, est également sur le point d’émigrer en Amérique avec son mari qui a obtenu un poste d’enseignant dans une université. Avant son départ, son père remet à Elise l’ancien alto de sa sœur dans lequel il a dissimulé une copie de son roman en cours (d’où le titre du livre). Bien sûr, Elise est triste de quitter sa famille et a déjà décidé qu’elle détesterait l’Angleterre et les Anglais. Elle obtient toutefois une place à Tyneford House, une grande demeure située sur les côtes des Cornouailles, et s’intègre rapidement à sa nouvelle vie, d’autant que Mr Rivers, le propriétaire, est un admirateur des romans de son père. Elle fait également la connaissance de Kit, le fils de Mr Rivers, et ils deviennent rapidement amis. Puis la guerre éclate…

J’ai beaucoup aimé ce roman ! L’écriture est très agréable, les ambiances et les personnages bien décrits, c’est un vrai plaisir. De plus, l’histoire, qu’on pourrait penser prévisible, ne l’est pas tant que cela et si la fin est peut-être un peu "longuette", l’ensemble est, à mon avis, très réussi.

L’auteur s’est inspiré d’une de ses grandes tantes pour créer Elise. Durant la guerre, elle avait travaillé comme domestique en Angleterre et sa sœur était partie en Amérique. Trente après la fin de la guerre, lorsqu’elles se sont revues pour la première fois, elles ne se sont pas reconnues.

Jack Rosenblum rêve en anglais, le premier roman de N. Solomons traduit l’année passée en français, m’avait déjà intrigué. Malgré un titre pas vraiment alléchant ! (en v.o., c’est Mr Rosenblum’s list), je le lirais probablement, peut-être cet été.



Natasha Solomons est née en 1980. Egalement scénariste, elle termine un doctorat sur la poésie du 18e s. et vit avec son mari dans le Dorset. Son premier roman a obtenu un grand succès critique et public.

(éd. Sceptre, 2010)
(photo auteur : site web de l'auteur)