Vienne au crépuscule - Arthur Schnitzler

-->
Vienne, début du 20e siècle ; l’empire austro-hongrois est dirigé par François-Joseph Ier, la ville est cosmopolite et la période extrêmement riche au plan culturel (musique, peinture, littérature, architecture). Les juifs occupent des postes importants, notamment dans les banques et au niveau culturel, mais sont également victimes d’antisémitisme. C’est là un des thèmes important du roman et plusieurs personnages incarnent les différentes positions de l’époque : les sionistes, les antisémites, et ceux qui ne veulent pas voir ou minimisent les discriminations dont les juifs font l’objet, ce qui est le cas de Georges, le personnage principal. 

 Celui-ci est compositeur et aristocrate ; il fréquente la bourgeoise, est assez oisif (il adore se promener et flâner) et il considéré comme paresseux vis-à-vis de sa profession, notamment par son frère Félicien qui lui reproche de ne pas assez travailler et de ne pas faire fructifier son talent.

Georges est ami avec Henri Bermann, un écrivain très pessimiste sur le futur (en particulier des juifs) et vit une brève mais intense passion avec Anna Rosner, une jeune femme de la bourgeoisie, professeur de chant. Tombée enceinte, ils partent en voyage quelques semaines, d’abord en Italie puis à Lugano (en Suisse) avant de revenir dans les environs de Vienne jusqu’à l’accouchement. Leur liaison est secrète et met en avant les conventions sociales de l’époque : Anna doit se retirer à la campagne pour accoucher, car elle n’est pas mariée ; ses parents font croire à leurs connaissance qu’elle est partie se perfectionner en Allemagne ; son enfant devra être placé en nourrice. Les sentiments de George face à cet événement à venir sont oscillants ; tantôt il se sent responsable d’Anna et de l’enfant à venir, tantôt il se surprend à penser qu’Anna pourrait mourir et, ainsi, lui redonner sa pleine liberté. Il ne sait pas non plus s’il doit proposer le mariage à Anna qui semble beaucoup plus lucide que lui sur leur futur. L’enfant sera mort-né et annoncera la fin de leur relation mais cet événement permettra à George de mûrir en éprouvant de la culpabilité face à cette mort (il s’est parfois pris à ne pas vraiment désirer cette naissance). Anna, elle, prend les choses avec humilité et sérénité, comme si elle avait connu d’avance la fin, et s’est elle qui fait comprendre à George que leur relation est terminée.

Les autres thèmes abordés par le roman sont le souvenir, la nostalgie, le désir, la sexualité, les voyages, le rêve. Plusieurs éléments du roman s’inspire de la propre vie de l'auteur, notamment les aventures amoureuses de George. Par ailleurs, Schnitzler a été victime d’antisémitisme.

Plusieurs critiques mettent en avant que le titre original (Der Weg ins Freie = « le chemin de la liberté ») est plus positif, plus optimiste que la traduction française dont le mot crépuscule induit un sentiment plus sombre, la fin d’une époque.

J’ai beaucoup aimé ce roman ! Au contraire de Mlle Else, Schnitzler n’utilise pas le "monologue intérieur" ; son écriture est plus "traditionnelle" mais il arrive à rendre tout aussi bien les émotions de ses personnages.

(photo : easyvoyages.com)

 Arthur Schnitzler est né à Vienne en 1862 dans une famille juive. Après des études de médecine (il s’intéresse en particulier à la psychiatrie), il exerce quelques années puis se consacre entièrement à l’écriture. Il mettra plusieurs années à écrire ce roman qui paraît en 1908 et qui connaîtra un grand succès (les premières mentions apparaissent dans son journal dès 1902). Plusieurs de ses écrits créeront la polémique, entre autre parce que Schnitzler y parle de la sexualité. Il meurt à d’une hémorragie cérébrale en 1931.

Commentaires

Dominique a dit…
un bon roman, je n'aime pas tout de cet auteur mais son style est très agréable
un petit mot pour te signaler que tes billets n'apparaissent par correctement dans le google reader et c'est récent !
lewerentz a dit…
Bonjour Dominique et merci pour ton mot. Euh... qu'est-ce que le Google reader ?!
Wictoria a dit…
le google reader est un outil qui nous permet de voir quelles sont les sites récemment mis à jour, pour toi, on a comme texte :
lewerentz a dit…
Merci de ton explication Wictoria mais je ne sais pas comment résoudre le problème...; en fait, je ne me suis jamais souciée de cet outil...

A part cela, je viens d'aller faire un tour sur ton/tes blog/s et je peux te dire que tu viens de trouver une lectrice régulière ;-) Bravo, c'est super !
Manu a dit…
Chez moi, tout fonctionne bien avec le google reader :-)
Lou a dit…
J'ai un peu honte : je l'avais commencé puis oublié ! Tu me le remets en mémoire, je pense que ce roman a tout pour me plaire, c'est une époque et une ambiance qui m'attirent beaucoup.
maggie a dit…
Je n'aime pas cet auteur mais le thème-ci m'intéresse énormément (période montée du nazisme !). je note donc !
Eeguab a dit…
La plupart des écrivains de cette mouvance dite "viennoise" m'intéressent beaucoup.J'ai chroniqué plusieurs d'entre eux.
Arriette a dit…
Je ne connais presque rien de cet auteur, mais ton billet me donne très envie de lire ce livre dont le thème m'intéresse fort.