Les enfants perdus de l'empire - R. N. Morris


Il y a quelques années, je m’étais dit que, pour varier un peu de mes chers auteurs britanniques, j’allais découvrir la littérature russe. Ma sœur venait de me faire lire une nouvelle de Gogol que j’avais beaucoup aimé et une copine m’avait parlé en bien des Frères Karamazov (1879-80) de Dostoïevski. N’ayant jamais lu cet auteur mais voulant rester modeste dans mes ambitions, j’avais commencé le court roman Le joueur (1866). Roman que je n’ai jamais réussi à finir, agacée par les noms à rallonge des personnages, sans parler des grades militaires, des babouchkas et autres désignations de liens de parenté.

Alors, lorsque j’ai vu en librairie les premiers volumes de cette série de Roger N. Morris, j’ai beaucoup hésité : d’un côté les intrigues, l’atmosphère, l’ambiance, l’époque et les décors semblaient supers, de l’autre je lisais que le personnage principal (Porfiri Petrovitch) est un des personnages de Crime et châtiment (1866), et je craignais toujours ces noms longs comme un jour sans fin. Et puis l’autre jour, j’étais en mal de livre, j’avais envie de lire un polar et j’ai fini par acheter Les enfants perdus de l’empire, troisième tome de cette série.
Bien m’en pris, car j’ai adoré !


F. Dostoïevski (source : wikipedia)

Saint-Petersbourg, automne 1870. Plusieurs enfants orphelins qui travaillent dans des usines et suivent une école du soir ont disparu. Maria Petrovna, une jeune fille bien née qui est leur professeur, fait appel au juge Porfiri Petrovitch pour les retrouver. Parallèlement, celui-ci est chargé d’élucider le meurtre de Yeléna Filipovna, une jeune aristocrate, lors d’une soirée de gala donnée en faveur de l’école de Maria. A première vue, elle a été assassinée par son ancien amant, lequel s’est enfui – ce qui ne plaide pas en sa faveur. Assisté de Pavel Pavelovitch, Petrovitch découvre bientôt que les deux affaires sont liées et qu’elles semblent même impliquer un membre de la famille impériale Romanov.

A peine commencé, j’étais déjà totalement emballée par ce polar historique. Tout ce que j’aime y est : ambiance, décors, personnages hauts en couleur, mélange de faits historiques et de fiction, de critique sociale et de passages plus drôles. L’intrigue est prenante, on a envie de connaître la suite, de savoir comment le tout s’imbrique. J’ai particulièrement aimé l’époque à laquelle se passe le roman, car il s’agit de celle du tsar Alexandre III qui a tenté d’instaurer un certain nombre de réformes dans l’empire qu’il voulait homogénéiser (administration, religion, langue, éducation). L’auteur a trouvé un bon équilibre entre fiction et "documentaire" et j’avais envie de découvrir un nouvel aspect de la vie de la bonne société (surtout) et des travaux dans une usine (un peu moins mais le coeur y était).

Inutile de dire que j’ai rapidement fait fi des quelques noms à rallonge (en toute honnêteté, ça reste raisonnable). La seule chose que je peux reprocher est que parfois, l’auteur passe d’un sujet à un autre sans prévenir et c’est un peu perturbant. Et puis, il y a une ou deux coquilles. Mais malgré ces petits reproches, j’ai pleinement apprécié ma lecture et j’en redemande !




deux images du Palais d'hiver, St-Petersbourg (source : site aufeminin)

Alexandre III par Ivan Kramskoï, 1866 (source : wikipedia)

J’ai souvent pensé à la série de Frank Tallis, « Les carnets de Max Liebermann », qui se déroulent dans la période dite de Vienne 1900 (il faudra que j’en reparle sur ce blog). Si vous aimez cette série autant que moi, il y a de fortes chances pour que celle de Roger N. Morris vous plaise aussi. Laissez-vous tenter !

Quant à moi, je n'ai toujours pas lu avancé dans ma découverte de la littérature russe mais j'ai découvert un nouvel auteur anglais et pour Dostoïevski, allez ! tout peut encore arriver ;-D



Commentaires

niki a dit…
je n'ai jamais lu dostoïesvky ni gogol - en fait je suis peu portée vers la littérature russe, une lacune probablement

mais votre billet me donne envie de découvrir ce livre-ci
Cecile a dit…
J'ai les deux premiers dans ma PAL. Du coup, je les ressort ... Les noms longs des personnages russes, je n'essaye même pas de les lire ou les dire, je les reconnais en gros à la forme et cela facilite vraiment la lecture.
Je te souhaite une très bonne année Lewerentz et à bientôt